En librairie : La mémoire des croquants.

  • Par cgb1294
  • Le Ven 19 Oct 2018
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Moriceau 2018Un nouvel ouvrage sur la vie de nos ancêtres vient de paraître : 

LA MEMOIRE DES CROQUANTS

par Jean-Marc Moriceau.

Cet ouvrage est le fruit d’une longue quête dans les archives domestiques, les chroniques locales et les thèses régionales. Il porte sur l’ensemble de l’Hexagone actuel, dans la multiplicité des identités territoriales et des cloisonnements culturels. Quelles traces les « paysans » et « gens de village » ont-ils laissées ? Comment ont-ils vécu les événements qui ont marqué leur existence ? Dans quelle mesure les pouvoirs publics s’en sont-ils préoccupés ?  Et quelles réactions ont-ils suscité à travers ce mille-feuilles des populations du passé ?  C’est à ces questions, notamment, qu’entend répondre l’auteur en s’efforçant de restituer, au fil du temps, le cadre spatio-temporel où s’inscrit la « Mémoire des Croquants ». Pour sortir ces derniers de l’anonymat et des généralités, il a fallu accomplir un tour de France : tous les départements et les milieux géographiques –  des îles du Ponant aux rieds rhénans, des plaines du Nord aux Alpes, et du Bassin parisien à la Corse – figurent à l’appel.

Dans cette restitution de la mémoire collective, et cette immersion dans les profondeurs des sociétés majoritaires du passé, les grands traits de l’évolution historique conduisent à traverser les périodes académiques. C’est donc du Moyen Âge au milieu des Temps modernes que s’étend le premier volet livré ici au public, de la paix d’Arras (1435) à la fin de la Fronde (1652). Pendant ces 218 années, le plat pays a vécu sous le signe de l’insécurité. Humaines et naturelles, les causes d’instabilité et de perturbations pèsent au premier chef sur les gens de la terre. Le poids de la guerre et le banditisme menacent des familles soumises par ailleurs à la contagion et à la faim. Les chroniques du monde rural qui en ressortent affichent ces cicatrices. Aléas dramatiques du climat et de la géologie, poussées de peste, brigandage de « mauvais garçons », massacres et pillages dus aux guerres – civiles, étrangères et religieuses –, vagues de sorcellerie, attaques sanglantes de loups sur l’homme et le bétail se succèdent. Et pourtant, belles récoltes et essor des cultures, usages ingénieux de l’eau, de l’herbe ou de la forêt, implantation de nouvelles productions, îlots de spécialisation et de spéculation, mise en valeur d’étendues incultes, contributions à l’industrialisation et aux migrations, modernisation de la seigneurie et amélioration du statut des hommes, redressements démo­graphiques, établissement de communautés agricoles, sécularisation de propriétés ecclésiastiques, résistance et guérilla contre le fisc « mange-paysans » ou le soldat « pille-hommes » soulignent que la vie est restée la plus forte chez les ruraux, de l’arrivée des « Écorcheurs » au départ des « Frondeurs » : on est souvent loin du monde immobile qu’on imagine par commodité.
En regard des événements qui scandent la chronologie du moment, les rythmes du quotidien conduisent à multiplier les éclairages en un va et vient incessant entre ce qui dure et ce qui passe. Le vécu sensible des 85 % de ruraux resurgit dans ses dimensions variées, à travers plus de 1150 épisodes pris sur le vif, qui offrent autant d’aperçus thématiques. Grâce au témoignage de centaines de curés de village, notaires, magistrats, chroniqueurs et auteurs de journaux familiaux et « livres de raison », référencés à chaque pas – et de quelques authentiques « écrits paysans » de la première modernité –, Jacques Bonhomme retrouve son humanité. Au son des cloches, dans le sang et la fureur, mais aussi la peine et l’espérance, des millions d’hommes et de femmes reviennent à la lumière.
Pour assurer ce balisage de l’histoire des campagnes, qui réhabilite les apports de nombreuses générations d’historiens tout en pointant des chantiers d’avenir, un index des lieux (dont 2150 communes), un index des noms de personnes (1545 items),un index thématique (516 entrées)et une anthologie des auteurs (135 noms sélectionnés, pour des œuvres publiées de 1840 à 2018) favorisent une lecture transversale.
 
Agrégé d’histoire et ancien élève de l’École normale supérieure, Jean-Marc Moriceau est professeur à l’université de Caen-Normandie. Spécialiste de l’histoire des campagnes sur la longue durée, et des rapports entre l’homme et le loup, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Depuis vingt-cinq ans, il anime le Pôle rural de la Maison de la recherche en Sciences Humaines de Caen, préside l’Association d’histoire des sociétés rurales et dirige la revue Histoire et Sociétés Rurales.

 

Jean-Marc Moriceau
 Université de Caen - Esplanade de la paix
 14032 Caen cedex 5
 Tél. 02 31 56 62 29

 
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